Home À la Une Visite du cimetière de la Chartreuse, vous ne resterez pas de marbre

Pour fuir la cacophonie urbaine, rien ne vaut un détour par les cimetières. Souvent arborés et habités par les plus calmes des résidents, ce sont également des espaces où l’histoire de la ville est particulièrement vivante. Promenade bucolique dans le cimetière de la Chartreuse.

Pour certains, se promener dans un cimetière relève de l’absurde. Comment passer un bon moment se sachant entouré de défunts qui nous rappellent à chaque pas notre effrayante destinée ? Pourtant, ce peut être l’occasion de se sentir particulièrement vivant. C’est également l’opportunité de rendre hommage aux personnalités de notre ville dont la sépulture n’est souvent plus visitée que par les chats errants et autres pigeons.

La soixante-huitarde du XIXème siècle
Nombreuses sont les stars locales qui ont choisi le cimetière de la Chartreuse comme dernière demeure ; Flora Tristan par exemple, la mère du féminisme français. On trouve sa sépulture le long du mur qui longe la rue de la Devèze, dans la 8ème série précisément. Grande figure du socialisme utopique, apologiste de l’amour libre, elle était la soixante-huitarde du XIXème siècle. Elle mourut le 15 novembre 1844 rue des Bahutiers. Son enterrement ne coûta que 27 francs. Une souscription publique a permis de redorer, en quelques sortes, sa sépulture qui fût inaugurée le 22 octobre 1848.

Goya et Montaigne, résidants provisoires de la Chartreuse
En quittant la 8ème série pour remonter l’allée Goya, on se dirige tranquillement vers le cénotaphe de Francisco Goya. Ce monument funéraire a été érigé pour pour rendre hommage à celui pour qui la Chartreuse ne fût pas la dernière demeure. En effet, le célèbre peintre mourut à Bordeaux, le 16 avril 1828, à 2h du matin précisément, au 7 cours de l’Intendance, il fût donc enterré à cet endroit dans ce cimetière. Vingt ans plus tard, une société aragonaise souhaita rapatrier sa dépouille afin que l’artiste soit inhumé sur ses terres natales. Ce n’est que le 16 octobre 1888 que l’exhumation put avoir lieu et, surprise, la tête de Goya avait disparu ! On suppose que celle-ci fût subtilisée à des fins scientifiques…

Quelques mètres derrière le cénotaphe de Francisco Goya se dresse le dépositoire du cimetière, sorte de salle d’attente des défunts avant qu’ils ne soient définitivement enterrés. Michel de Montaigne fût l’un des hôtes de cette bâtisse de pierre entre 1880 et 1886. Mais il y en a un qui connaît particulièrement bien ce lieu pour y avoir été « provisoirement » inhumé : c’est le Maréchal d’Ornano mort en 1610. Son corps est resté au dépositoire de 1880 à 2003 ! Aujourd’hui, on peut enfin se recueillir sur la tombe située à quelques mètres de là. Rappelons que cet ancien maire de Bordeaux sauva la ville de la peste. Il fît pour cela construire des hôpitaux pour les indigents et assécher les marais du Peugue et de la Devèze, responsables de la propagation de l’épidémie.

Outre ces quelques illustres personnalités locales, l’intérêt du cimetière est également esthétique. L’art funéraire est célébrer à maintes occasions. La statue de la lyre brisée ou encore le grandiose et terrifiant mausolée Catherineau, ne sont pas les seules œuvres remarquables. Nombreuses sont les statues et chapelles qui valent le coup d’œil. On ressort de cette paisible promenade d’un pas reposé et sûrement pas la mort dans l’âme.

Rencontre avec Laurent Robert-Guillebeau, gazonnier à Bordeaux.

Lors d’une promenade au cimetière de la Chartreuse, on peut croiser entre deux allées Laurent, le gazonnier. Son job ? Entretenir les caveaux des familles qui ont fait appel à son entreprise. Le nom donné à ce métier date de la première guerre mondiale. Les veuves de guerre qui entretenaient les tombes de leurs maris ou de leurs proches étaient nommées les gazonnières, les tombes de l’époque étant simplement constituées de gazon. Aujourd’hui, le gazonnier repeint les grilles des caveaux, refait les joints ou encore nettoie la pierre. Avant, Laurent était informaticien. Il étouffait presque devant son écran d’ordinateur : « Regardez maintenant, se réjouit-il ! Je suis au calme et au grand air ! On entend les oiseaux » ! Son rapport à la mort n’a pas changé pour autant : « J’ai toujours peur de mourir ! Mais j’aime vraiment les cimetières. Avec mon épouse, quand on voyage, on va toujours visiter les cimetières des autres villes» raconte ce passionné qui connaît la Chartreuse comme sa poche.

 

Marie Blanchard

 

Cimetière de la Chartreuse
180 rue Georges Bonnac
05 56 93 17 20
Ouverture à 8h30 la semaine et 9h les dimanches et jours fériés, fermeture à 17h l’hiver et 17h30 l’été.

Commenter cet article