Home Actu Visite des sous-sols : Bordeaux au « taupe » niveau

La visite des sous-sols de Bordeaux est un des plus grands succès de l’office de tourisme. Bordeaux Quartiers a suivi le guide sous terre pour en savoir plus sur les dessous de la belle endormie…

Pas besoin de lampe frontale pour visiter les sous-sols de Bordeaux ni de bottes, au cas où on se tremperait les guibolles dans le Peugue. Le circuit aménagé commence par la visite de la crypte archéologique de St-Seurin qui est, en fait, un cimetière paléo-chrétien. Les tombes les plus anciennes datent des premiers temps de la chrétienté. Face à ces boîtes de calcaire, plus communément appelées « sarcophages », ancêtres de nos bons vieux cercueils, on peut être pris d’un certain vertige quand on mesure le nombre d’années qui nous séparent de ces défunts.
A cette époque, le quartier St-Seurin n’était pas encore ce village familial que l’on connaît.
Le cimetière était au cœur de la nature, niché sur les hauteurs, à 16 mètres au-dessus du niveau de la mer, loin du centre de Burdigala. A cette époque, en effet, « on ne mélange pas le monde des morts et celui des vivants » explique Catherine Château-Goniak, guide de cette ténébreuse visite. L’actuelle église a été construite bien plus tard, au XIème siècle et les architectes de l’époque ne se sont pas spécialement souciés des sépultures construisant les fondations de l’édifice sur les tombes qui, au fil des années et faute de place, étaient empilées les unes sur les autres.

une amphore qui servit de tombeUne amphore en guise de tombe
Les sarcophages n’étaient pas les seuls modes de sépulture. Aux alentours du 4ème siècle, pendant quelques temps, la mode était aux amphores. Celles-ci venaient probablement du port de Bordeaux situé dans l’actuel quartier St-Pierre, où transitaient ces contenants (l’entrée de ce port se trouvait rue du Cancéra. Il longeait le cours d’eau la Devèze qui se jetait dans la Garonne…d’où le nom de la rue de la Devise). Le commerce du vin avait déjà une forte influence qui atteignait même le monde des morts après avoir enivré celui des vivants.
Quant aux personnalités qui avaient un certain goût pour l’espace, ils choisissaient alors les mausolées pour leur vie éternelle, sorte de petite cahute mortuaire qui pouvait atteindre une dizaine de mètre carrés et dont les murs étaient parfois même, ornés de la tapisserie de l’époque : les fresques. Par la suite, ces mausolées ont été réhabilités en habitation par des bordelais au XVIIIème qui ne craignaient sûrement pas les lieux hantés.
Ce cimetière judéo-chrétien occupait au moins toute l’actuelle place des Martyrs de la résistance. Arrivé à saturation, au XVIIIème siècle, les morts ont déménagé un peu plus loin et c’est là qu’est né le cimetière de la Chartreuse.
Après ce tête à tête avec les trépassés, Catherine nous fait revenir sur le plancher des vaches de 2014 où klaxonnent les voitures et crient les enfants du petit square. Direction la rue de la Vieille tour, près de la place Gambetta. Or, une fois sur place, point de vieille tour, mais plutôt des arrières boutiques chics et des façades classiques bordelaises. Et un hôtel. L’hôtel de la Tour de l’Intendance. Et ce n’est pas pour aller y passer la nuit que la guide nous y fait entrer mais pour visiter sa cave où se trouve le vestige d’une tour d’angle de la muraille gallo-romaine de Burdigala. Cette cave ronde constituée d’un véritable trésor mural notamment composé de pierres de leste (issue des bateaux du port) ramène les visiteurs 2 000 ans en arrière. Une fois dehors, en haut de cette rue qui porte donc bien son nom, on regarde en contre-bas le début de la rue des Remparts et on visualise presque cette fameuse muraille de pierre qui définissait alors les limites de la ville.
Cette visite des sous-sols de Bordeaux se termine par une petite promenade sous la colonne des girondins et sa fameuse fontaine. Ce monument qui avait été enlevé à la ville lors de l’occupation, n’a été réinstallé qu’en 1983, une fois le puzzle reconstitué. Et on découvre alors le système en circuit fermé de cette fontaine d’ornement (l’eau n’est pas potable) et, dans un autre genre, l’armoire électrique qui alimente les forains de la foire aux plaisirs et quelques tramways. Visuellement moins impressionnantes que les vestiges du début de notre ère, il reste cependant amusant, pour toute personne curieuse, de découvrir les coulisses d’un tel ouvrage.
Fin de la visite et retour à la surface. Après deux heures passés sous les jupes de Bordeaux, on peut bien dire que ses dessous valent le coup d’œil.

Marie Blanchard

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