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Home Mon Quartier St-Michel Victoire, le vignoble est dans la place

La Victoire possède le plus vieux pied de vigne de Bordeaux… Avec la cuvée 2013, on devrait produire une demi douzaine de bouteilles.

Paris a son célèbre vignoble de la Butte Montmartre, Bordeaux a le sien, plus discret, place de la Victoire. La récolte urbaine est beaucoup plus modeste que celle de la capitale, mais en banlieue, mieux vaut être à Pessac qu’à Drancy pour remplir ses barriques. Et toc ! Pour modeste que soit le vignoble de la Victoire, il bénéficie d’une attention toute particulière de la part du service des parcs et jardins de la ville. Il faut, pour tailler la vigne et surveiller l’arrivée d’éventuelles maladies, recourir à un véhicule équipé d’une nacelle comme ceux utilisés pour changer les ampoules des lampadaires. Ce pied a eu la bonne idée de grimper tout en hauteur ce qui le met à l’abri des vendanges précoces occasionnées par des piétons « gourmands ».

Bon an mal an, cette treille produit de quoi remplir une demi-douzaine de bouteilles. Sylvie Caze, spécialiste viticole s’il en est, participait à la dernière pré-vendange.
Elle s’est montrée très indulgente avec la production locale. On a bien compris que qualité et quantité allaient de paire. Il n’empêche que ces vendanges précoces ont été une fois encore prétexte à festoyer sur la place de la Victoire. Des producteurs locaux étaient de la partie pour faire déguster aux curieux quelques bons produits des terroirs girondins.
Invité au micro, Jean-Pierre Xiradakis, célèbre restaurateur aux succursales multiples de la rue de la Monnaie, a ouvert son livre d’histoire pour évoquer la tradition viticole de ce quartier, son quartier. Il a émaillé ses propos d’anecdotes dont il a le secret.
Les premiers vignobles datent d’ il y a deux siècles. À cette époque, Bonaparte empruntait les pavés du Bordeaux encore médiéval pour visiter l’ancien monastère situé rue du Hamel. Certains noms de rues du quartier de la Victoire témoignent encore de ce passé : la rue des Vignes ou la rue de la Treille. Ce sont les moines bénédictins de Sainte-Croix qui furent les premiers vignerons. Sur les 89 chais recensés au 14ème siècle, 56 l’étaient dans la paroisse de Sainte-Croix et 33 sur celle de Saint-Michel. Les moines ont ensuite quitté leur abbaye pour s’installer dans les Graves, au Château Carbonnieux. Ils produisaient là-bas la fameuse eau minérale de Carbonnieux et avaient comme principaux clients les pays où l’alcool est interdit par la religion. Preuve que nos moines étaient œcuméniques et fins commerçants. La légende dit que cette eau est arrivée sur la table du Sultan de Turquie. Celui-ci aurait dit : « si les eaux minérales françaises sont aussi bonnes, pourquoi ces gens-là prennent la peine de faire du vin ?« . Preuve que le Sultan n’avait pas en bouche tous les éléments de comparaison et que la langue turque n’a pas de secrets pour Jean-Pierre Xiradakis !

 

40DSCN2283Une vigne qui a de la bouteille

Pour les érudits, signalons que cette vigne de la Victoire a été plantée fin 18ème début 19ème par la famille Duverger. Elle comportait à l’origine six pieds. La ville de Bordeaux possède au Parc Floral, dans son conservatoire, quelques spécimens de ce très vieux cépage, le cruchen-nègre. Appélé «Tchacouli» le raisin collecté est vinifié par les services de l’INRA. Les quelques bouteilles espérées rejoindront ensuite la cave de l’Hôtel de Ville aux côtés des bouteilles en provenance de la vigne de la Béchade, ces deux productions justifiant l’appellation Vin de Bordeaux puisque issues de ceps plantés dans Bordeaux intramuros.

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