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Home À la Une Temps de cochon pour le Port Autonome

Branle-bas de combat aux Bassins à flot, les commerçants et artisans installés dans les hangars de la rue Lucien Faure, promis à la démolition, s’accrochent au bastingage pour être relogés par le Port autonome.

« Aux Bassins à flot, on parle beaucoup du projet de Refit et des emplois qu’il pourrait créer, nous c’est plus modeste, mais nos emplois existent et il faut les sauver« .

« Nous », ce sont les quelques 150 salariés qui travaillent dans la quinzaine d’entreprises installées dans les hangars situés entre le port de plaisance et la rue Lucien Faure. Michel P., qui tire le signal d’alarme, est salarié au Compas marin, le plus grand chantier naval installé sur le site. Son patron, Pierre Jeliazovski, ne lui a pas caché ses inquiétudes quant à la survie même de son entreprise. La fermeture à rallonge des écluses l’a déjà contraint à licencier une partie de son personnel et il craint de devoir jeter l’éponge si rien ne s’arrange. Le projet avait beau être connu, un vent de panique a soufflé dans ce secteur dévolu à la plaisance, depuis que le Port autonome a annoncé son intention de raser les hangars existants. Il est prévu de construire en lieux et places, les bâtiments prévus par le programme Michelin.

Sont annoncés : un complexe cinématographique (voir article page 27), des restaurants, un équipement public, des mètres carrés de bureau, des commerces, et… des locaux destinés à reloger les entreprises aujourd’hui sur le site.

Sur le principe, la plupart des sociétés concernées sont prêtes à poursuivre l’aventure aux Bassins à flot, sauf que les tarifs des futurs emplacements semblent, pour la plupart, exorbitants. Certains vont être contraints d’abandonner la partie pour trouver des emplacements moins onéreux. Si c’est le cas, voilà qui risque de plomber le principe de mixité du futur quartier cher à la ville de Bordeaux et à ses concepteurs. Pour ceux qui désirent rester aux Bassins à flot, la question est de savoir ce qu’ils vont devenir, durant le chantier de démolition et de reconstruction de leurs locaux. Or, dans ce domaine, aussi incroyable que cela puisse être, personne n’a vraiment étudié cette question. Pour expliquer cette mise devant les faits presque accomplis, les protagonistes se renvoient la balle. Le Grand Port Autonome de Bordeaux, propriétaire des lieux, brandit pour sa défense les AOT signés par chacun de ses locataires. Il peut ainsi prétendre n’avoir pris personne au dépourvu. Comme le nom du contrat l’indique, l’occupation des lieux était temporaire et chacun savait à quelle date ils devaient partir et donc prévoir une solution de repli. Mais ce qui est vrai pour un étudiant locataire de son studio semble plus compliqué pour la vingtaine de sociétés riveraines du port de plaisance.

La ville et son élue de quartier, Nathalie Delattre, a, comme à son habitude, remué ciel, terre et flots pour qu’une solution soit trouvée. La première qui a été proposée a suscité l’hilarité générale. Elle consistait à reloger les sans abris sous des tentes. Voilà qui aurait été raccord avec le chapiteau de l’Ecole du cirque déjà dressé dans ce quartier. Avant que l’hilarité ne tourne à la colère, le Port Autonome a replié son projet de tente pour étudier une autre solution plus crédible et surtout plus pérenne. Il s’agit de construire en fond de bassin, entre le Mac Do et les salles dédiées au football, de nouveaux hangars. L’idée a été accueillie avec satisfaction par toutes les personnes attachées à ce site. La sortie tardive de ce joker n’est pas sans conséquences sur les opérations immobilières du quartier. Les bulldozers qui devaient intervenir dans les prochaines semaines vont devoir patienter. Pour les constructeurs, le temps c’est de l’argent, et ce qui n’a pas pu être fait au cours de ces derniers mois va l’être en quelques semaines. Pour parer au plus pressé, tous les protagonistes se sont retrouvés autour d’une table : le Port Autonome, ses locataires intéressés par un relogement, les ateliers du Bassin, la ville et la Cub. Il faut au plus vite dessiner les plans des nouveaux bâtiments. Certains évoquent une construction en U, d’autres en T, les plus pressés se contenteraient d’un alignement le long de la rue Alfred Daney. Il faut aussi veiller à ce que le bâti soient compatibles avec le parti pris architectural choisi par Nicolas Michelin, sans être trop coûteux pour contenir le niveau des loyers. Si tout va bien, la nouvelle construction devrait être livrée au plus tôt fin 2014 et au plus tard au printemps 2015.

 

Un flot de critiques

Gestion chaotique du chantier de remise en état des écluses, atermoiements pour  le choix du futur gestionnaire du port de plaisance, entretien défaillant de la plaque portuaire et des Bassins à flot… le Grand Port Autonome de Bordeaux fait l’objet depuis quelques mois d’un flot de critiques. Le dossier du relogement des entreprises de la rue Lucien Faure est une goutte d’eau supplémentaire dans un Bassin déjà bien rempli. Et personne pour voler au secours de cette structure qui n’a de comptes à rendre qu’à l’Etat. Alain Rousset, le président de la Région se porte régulièrement candidat pour se substituer au Grand Port Maritime, rappelant que son assemblée a les compétences requises pour gérer un port comme c’est déjà le cas à Bayonne.

Alain Juppé a dit dans un récent point presse, être d’accord avec cette idée, allant même jusqu’à en revendiquer la paternité. Il a utilisé cette boutade pour commenter l’actualité : «on sait que la principale qualité du Port Autonome, c’est d’être autonome». Les résultats de l’activité portuaire de Bassens sont en berne, le terminal du Verdon tourne à vide et les performances des autres ports de la façade atlantique ont de quoi rendre la ville Bordeaux envieux, chose qu’elle déteste.  Et pour ne rien arranger, on sait le Grand Port Autonome dans une situation financière des plus précaires. Les élections municipales passées, on peut s’attendre à ce que les élus locaux lui demandent des comptes et notamment les siens.

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