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Home Mon Quartier Cœur de ville Place Lafargue, Monique se fait voler dans les plumes

En nourrissant régulièrement et abondamment les pigeons de la place Fernand Lafargue, Monique mobilise les services de nettoyage et irrite les commerçants. Rencontre avec cette amie des bêtes.

Place Fernand Lafargue, la vieille dame qui pousse son caddie plein de blé, n’est pas la bienvenue, sauf pour « ses » chers pigeons. Son nom ? Monique Camous, 75 ans, provencale d’origine que la vie a mené à Bordeaux. Sa cause ? Les animaux, tout simplement. Rencontrée alors qu’elle terminait sa distribution matinale, Monique Camous hésite : « J’ai beaucoup de choses à faire ce matin mais bon allons-y asseyons-nous sur ce banc pour discuter ».

Monique Camous est fidèle à son poste qu’il pleuve ou qu’il vente. « Oui, je viens tous les jours. Lorsque je vivais en Provence j’avais déjà ce rituel », raconte-t-elle. « Ce qui est idiot c’est que les gens râlent mais les pigeons restent un quart d’heure pour manger et après ils partent pour la journée ! », explique-t-elle, comme pour se justifier.Retour ligne automatique
L’amour qu’elle porte aux pigeons n’est pas partagé par les résidents de la place. Les volatiles eux-mêmes seraient tolérés mais les fientes laissées sur le macadam exaspèrent beaucoup de monde. Ce matin, Monique Camous est particulièrement courroucée. À son arrivée, un riverain de la place a surgi avec un saut d’eau qu’il a lancé en direction de la septuagénaire. « Il m’a manqué de peu ! Alors je lui ai dit “vous êtes complètement timbré vous !” ». Monique Camous en rit aux éclats, il en faut plus pour l’impressionner.

Elle entend continuer à nourrir ses pigeons qu’elle trouve jolis, comme les moineaux, et tous les autres animaux. La preuve : « J’ai eu trois chiens autrefois. Aujourd’hui j’ai deux chats : Sophie et Victor. J’aime tous les animaux. Ils sont très mal acceptés dans notre société. Pour moi, l’animal a des droits au même titre que les humains, il faut se réunir pour les défendre. Les associations sont toutes débordées ! Les chats qui se reproduisent dans les caves, on les ramasse pour les éliminer, c’est un problème ça aussi ! ». Alors qu’elle s’explique, Fidji, un chien de la place s’approche et fait ses besoins. « Avant ici il y a avait un massif de fleurs mais aujourd’hui plus rien car les chiens y font leurs besoins. Des solutions existent pourtant », regrette-t-elle.Retour ligne automatique
« Des pigeons il y en a partout ! Il faut agir intelligemment et puis c’est tout ! », tranche-t-elle. « Pour moi la solution ce serait comme on a fait dans le XXème arrondissement de Paris : des grains contraceptifs et un pigeonnier pour la reproduction ! ».

22, vl’à les agents !
Lorsque l’on cherche à capturer « ses amis », elle les défend en utilisant des casseroles : « quand ils sont sur le point d’attraper les pigeons, je fais le tambour avec mes casseroles pour les avertir ! Le bruit les fait fuir et les agents repartent bredouilles. » Elle s’en amuse.
Sitôt 9 heures du matin, les voiturettes de service nettoient la place. Les pigeons repus sont déjà partis en laissant derrière eux le fruit de leur digestion. Monique Camous continue sa journée. Cinéphile, peut être ira-t-elle à l’Utopia ou au Jean Eustache, à Pessac. Avec un peu de chance, elle verra au ciné-club un vieux film d’Alfred Hitchcock : Les Oiseaux !

Marine Descremps

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