Home Mon Quartier Chartrons Norbert Fradin, le gars de la Marine

C’est fait, le permis de construire du Musée de la Marine des Bassins à flot est déposé et bientôt délivré. Norbert Fradin, le promoteur de ce projet nous en donne les grandes lignes.

Pour votre Musée de la Marine, vous avez changé d’architecte en cours de route, pourquoi cette décision ?
NF : C’est toujours délicat d’évoquer ce genre de problème. Je n’étais pas satisfait de la première esquisse proposée par Julien Monfort. Le geste architectural était intéressant mais un peu sévère. Je n’adhérais pas pleinement et je n’étais pas le seul dans ce cas. Or, il faut croire à ce que l’on fait à cent pour cent. Cela ne remet pas en cause le talent de ce cabinet d’architectes marseillais mais j’attendais autre chose, d’où mon souhait de travailler avec Olivier Brochet qui a su traduire mes attentes.

 Ce choix, c’est aussi une façon de rappeler que Bordeaux possède des architectes talentueux.
NF : C’est vrai, même si j’ai l’habitude de dire qu’il y a de très bons architectes qui ne sont pas bordelais. Ce qui m’a amené à solliciter Olivier Brochet, c’est son expérience acquise dans le domaine des musées. Il a à son actif le Musée Fabre de Montpellier, celui de l’Homme au Palais de Chaillot, de l’Orangerie toujours à Paris…

Un bâtiment existant répond-il à vos attentes ?
NF : Oui, c’est le MuCEM de Marseille réalisé par Ruddy Riccioti. Je dois dire que j’ai été fasciné par ce lieu. Je l’ai visité cet été et j’en suis ressorti conforté dans mes choix initiaux au point de demander à Olivier Brochet de concevoir le Musée de la Marine dans le même esprit.

 

Et cet esprit, quel est-il ?
NF : C’est difficile à traduire puisque je veux un peu tout et son contraire. Ce Musée doit être couvert pour abriter les collections mais le plus ouvert possible pour qu’on puisse entrer et sortir à sa guise. Il doit accueillir des scientifiques, des chercheurs comme de promeneurs venus le visiter à l’occasion d’une balade sur les quais. Il y aura des lieux pour les conférences mais aussi des endroits conviviaux pour se restaurer. Ce Musée doit être un lieu de mémoire, de culture, il doit témoigner de la grandeur passée du port de Bordeaux. Je veux aussi qu’il s’intéresse à toutes les problématiques du moment liées à la protection de notre environnement marin, à l’exploitation des richesses de l’océan. Je félicite Olivier Brochet d’avoir conçu un bâtiment qui concilie tout cela.

Quel sera le calendrier de réalisation ?
NF : Nous venons de passer avec succès notre examen de passage devant l’atelier des bassins et j’en suis ravi. Le dépôt du permis de construire peut avoir lieu et les travaux devraient débuter à la fin de cette année. On s’attend à un chantier de deux ans et si tout se passe bien, une ouverture fin 2016.

Allez-vous y transférer vos bureaux ?
NF : C’est prévu, le plateau-bureau se situe dans les derniers étages, la vue y sera splendide et toute mon équipe pourra en profiter. Au-delà, je suis heureux de m’installer dans ce nouveau quartier. J’en attends beaucoup, je vais y trouver tout ce que je recherche en ville : la mixité. Mixité sociale, culturelle, paysagère mais aussi celle des activités. Ce sera un vrai quartier de vie.

En parlant de mixité des activités, le chantier de Refit est-il, selon vous, compatible avec la vocation résidentielle de ce quartier ?
NF : Dès le début, j’ai exprimé de sérieuses réserves. La mixité des activités devient une gêne lorsqu’elles ne sont pas compatibles. Ce serait le cas si l’on faisait cohabiter, dans ce quartier, un chantier industriel de réparation de bateaux et les nouveaux logements que l’on y construit. Je l’ai dit avant de connaître les conclusions du rapport de l’APAVE qui ont confirmé mes craintes. Réparer des yachts, les repeindre, sont des opérations polluantes et elles risquent d’incommoder le voisinage.

En disant cela, vous défendez votre intérêt de promoteur ?
NF : Certes, mais pas seulement, vous savez, les promoteurs passent, les habitants restent. Mes confrères et moi-même sommes en passe de vendre nos programmes, le job est fait et nous pourrions nous désintéresser de l’avenir de l’environnement de nos résidences. Ce n’est pas le cas et nos réticences à voir s’installer une industrie lourde sur les bassins s’inscrit dans cette démarche responsable.

Comment peut-on selon vous solutionner ce problème ?
NF : Alain Juppé a fait une proposition intéressante, elle consiste à répartir sur plusieurs sites ce chantier de Refit en fonction de la nature des interventions à effectuer sur les bateaux. Les plus lourdes se feraient à Bassens ou sur la rive droite en partenariat avec le chantier CNB, et les finitions aux bassins à flot.

Votre actualité, c’est aussi l’annonce de l’arrivée d’un nouveau chef aux fourneaux de votre restaurant, le Prince Noir.
NF : En effet, avant de parler de cette arrivée, je tiens à saluer le départ d’un grand nom de la gastronomie française, Jean-Marie Amat. C’est avec son accord et sur les conseils d’un ami commun, Alain Ducasse, que la décision d’embaucher Vivien Durand à été prise. Là aussi, c’est un pari comme je les aime. Ce jeune chef installé à Hendaye est à ce jour l’unique étoilé du Michelin qui exerce seul son métier en cuisine. Il a un talent fou et j’ai hâte que les bordelais le découvre.

Toujours dans le domaine immobilier, vous vous êtes porté acquéreur de la Maison du Marin rue Fondaudège, qu’allez-vous en faire ?
NF : Musée de la Marine, Maison du Marin… Ce n’est bien sûr pas une coïncidence. Le sort de cette maison, ouverte aux marins de passage dans notre port, celle où Étienne Laclotte a vécu et qui abritait jadis la pharmacie des Frères Thomas m’a interpellé le jour où j’ai su qu’on voulait la détruire. Tout ce que Bordeaux compte d’amoureux de son patrimoine s’est mobilisé pour l’éviter. La Caisse de retraite de la Marine marchande est décidé à quitter cet immeuble, je me suis porté acquéreur avec succès. Je compte y créer une douzaine d’appartements en respectant l’architecture des lieux, la façade comme le superbe jardin.

 

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Ah mon beau château…

Ceux qui verront dans la maquette du futur Musée de la Marine la partie haute d’un paquebot appelée aussi château, rassureront son architecte Olivier Brochet. C’est effectivement à ce résultat qu’il voulait aboutir. Comme il souhaite que le choix du matériau pour les façades, du béton laqué blanc, soit en résonance avec la Base sous-marine dont son bâtiment sera le voisin. D’une hauteur maximale d’environ 30 mètres, le futur Musée disposera d’un toit-jardin, plusieurs mâts éclairés d’une dizaine de mètres formeront des signaux visibles depuis la… place Picard, la construction se situant dans l’axe du cours Balguerie. L’accès à ce jardin, comme à l’ensemble des plateaux de ce Musée, sera l’un des temps forts de ce projet. Les promeneurs emprunteront pour cela un cheminement circulaire tout autour du bâtiment. Pour Olivier Brochet, sa forme rappellera celle d’une peau d’orange, une fois épluchée. Normal qu’avec un tel descriptif nous soyons pressés de voir cette réalisation.

1 reply to this post
  1. Vous dites que ce musée traitera de la grandeur passée du port de bordeaux, mais les thèmes de l’esclavage et de la traité sera-t-il également abordé ?

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