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Home Actu Meeting métropolitain : le PS lance le Vincenthon

Un meeting, qualifié d’historique par ses organisateurs, réunissait samedi soir à Cenon les 28 têtes de listes socialistes aux municipales dans la Cub. La soirée a été consacrée à soutenir le candidat Feltesse en proie aux doutes.

On connaissait le Téléthon, le Sarkothon, voici venu le temps du Vincenthon.

Il ne s’agit pas de collecter des fonds pour la recherche médicale ni de renflouer les caisses de campagne siphonnées par les amis politiques d’un candidat à l’élection présidentielle mais de redonner des raisons d’exister à Vincent Feltesse, challenger du maire de Bordeaux en plein désarroi.

La nécessité de ce Vincenthon s’est imposée après la publication des propos tenus par le candidat socialiste au journaliste de l’AFP le lendemain de la parution du sondage qui évalue à trente points son retard sur Alain Juppé.

Contrairement à la tradition du discours politique qui veut qu’un candidat ne s’avoue jamais battu, le président de la Cub a admis qu’il lui était impossible de rattraper son concurrent. Ce scrutin se solderait selon lui par une défaite inéluctable de son camp dès le premier tour.

Conscient de l’effet dévastateur de telles déclarations démobilisatrices à trois semaines des municipales, à Bordeaux et dans l’ensemble des 28 communes de la Cub, les stratèges du PS se devaient de réagir. Ainsi ont-ils transformé le meeting métropolitain prévu de longue date à Cenon en une opération de sauvetage du soldat Feltesse.

Ils étaient venus, ils étaient tous là pour y participer : Alain Rousset, pour la Région, Philippe Madrelle pour le Département et Michèle Delaunay pour elle-même.

Aucun candidat tête de liste ne manquait à l’appel et tous serraient les rangs sur la scène du Rocher de Palmer autour du candidat bordelais. Ludovic Freygefond, le patron du PS bordelais, officiait en Monsieur Loyal, remplissant un rôle identique à celui de Cécile de France, la veille, à la cérémonie des Césars.

Avec l’habileté qu’on lui connait, Alain David, le maire de Cenon, a profité des mots de bienvenue sur ses terres pour faire la promo de son propre bilan d’élu et celle de sa campagne électorale. Pas un mot sur Vincent Feltesse, à croire qu’il n’était pas au courant du scénario de la soirée.

Alain Anziani, le candidat PS à la mairie de Mérignac, était dans la confidence mais cela ne l’a pas empêché de faire applaudir Alain Rousset et de brosser un tableau idyllique de la Cub de ses rêves. Son discours avait tout d’un candidat à la présidence d’une métropole… Voilà quelqu’un qui prépare l’avenir.

Il s’est ensuite astreint à la tâche du soir en ces termes : « s’attaquer à la mairie de Bordeaux pour Vincent, c’est comme escalader l’Everest et pour ne rien arranger les conditions météo ne sont pas favorables ». À l’entendre, Vincent Feltesse a les qualités requises pour ce genre d’ascension : « de la patience, de l’obstination et du souffle ». La salle l’a applaudi avec ferveur lorsqu’il a conclu : « Vincent Feltesse sera un jour un excellent maire de Bordeaux » sans préciser la durée de l’expédition.

Gérard Chausset, le porte-parole des Verts, a choisi quant à lui d’évoquer, « la montagne » mais pas à la façon de Jean Ferrat : « n’oublions pas qu’Alain Juppé a un cerveau de droite, un cœur de droite, et un portefeuille de droite » et de relativiser en ces termes sa popularité actuelle : « à droite, ils sont tous cramés et au royaume des aveugles, les borgnes sont rois ». Effets garantis auprès des ultras.

Philippe Madrelle, très en forme, s’est acquitté de sa tâche avec un empressement de jeune militant. Il a rappelé au passage que Vincent Feltesse s’est formé chez lui en tant que directeur de son cabinet et que s’il réussit un jour, il y sera forcément pour quelque chose.

Pour redonner à son fils prodigue les espoirs qu’il n’a plus, le boss du Département s’est souvenu que Bordeaux a déjà connu un Grand soir. C’était en 2007, avec la victoire de Michèle Delaunay : « nous avons vaincu ce jour-là le signe indien, Alain Juppé a été battu dans son jardin, la victoire n’est donc pas impossible, nous l’avons démontré ».

Philippe Madrelle estime que le maire de Bordeaux a un point faible : « Il est obnubilé par l’élection présidentielle« . Il le met toutefois en garde : « Qu’il se méfie, les soupirs les plus ardents ne se traduisent pas toujours dans les faits ».

Sur sa lancée, le président du Conseil général s’est félicité de travailler avec la Cub et son président Vincent Feltesse. De mémoire, il a cité quelques réalisations auxquelles il a participé : le tramway, le pont Chaban, les logements, avant de citer : « le stade ». En voyant que sur scène, la plupart des présents rigolaient sous cape, Philippe Madrelle s’est repris : « euh… non, pardon, le stade, je ne suis pas dans le coup ».

Pour se rattraper, il a donné à son ex-apprenti en politique quelques directives à suivre durant les derniers jours de campagne : « ne baissons pas les bras, on n’est jamais battu, on ne lâche rien, il faut foncer pour faire tomber les murailles ».

Noël Mamère, chaud bouillant, a voulu donner une portée plus politique à cette soirée qui commençait à ronronner : « Je sais que Vincent va se ressaisir, il vit des moments difficiles, il faut le soutenir », avant de donner lui-aussi des conseils aux candidats en campagne, « attention, pour la gauche, le principal adversaire ce n’est pas Alain Juppé, c’est l’abstention ! ».

Ce fut ensuite autour de Michèle Delaunay d’intervenir. Après le discours très militant de la responsable du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS), l’occasion était trop belle pour Madame la Ministre de se présenter comme la porte-parole du virtuel MVS, le Mouvement des Vieux Socialistes. Son âge, elle l’assume, nous a-t-elle dit, et elle a tenu à faire partager à l’assistance ce qu’elle considère comme la dernière perfidie d’Alain Juppé.

Elle a reçu par courrier le Pass Senior que la ville envoie à celles et ceux qui ont l’âge requis. En plus des avantages classiques de toutes les cartes Vermeille, celle qu’elle a reçue lui apporte deux bonus sous forme de ristournes : 10 % de moins dans les magasins bordelais qui vendent des prothèses, et 10 % pour assister à des spectacles d’opérette donnés en semaine et en matinée. On comprend sa contrariété.

Mais Michèle Delaunay tient sa vengeance en annonçant qu’elle enverra au maire de Bordeaux une carte senior créée par son Ministère, dès qu’elle sera opérationnelle. Pourvu que François Hollande lui en laisse le temps.

Avec le ton « maternaliste » qu’on lui connaît, Michèle Delaunay a dit tout le bien qu’elle pensait de son poulain: « Vincent Feltesse est un camarade et un ami que je découvre chaque jour d’avantage, c’est quelqu’un de correct, de loyal. Vincent c’est la gauche, c’est le courage » a-t-elle conclu sous un tonnerre d’applaudissement.

L’intéressé, objet de toutes les sollicitudes métropolitaines, se devait de clore ce meeting qualifié par lui «  d’historique » et démontrer par son discours qu’il en sortait galvanisé.

Par timidité et sans doute par peur du ridicule, il n’a pas souhaité remercier à tour de rôle chacun de ses tuteurs ni même évoqué ce pourquoi nous étions là.

Pour bien prouver que cet épisode « AFP » n’avait pas d’incidence sur sa campagne, Vincent Feltesse est allé sur son terrain de prédilection : la gestion prospective de la métropole bordelaise.

Son discours « techno », façon colloque pour érudits, ne manquait pas d’intérêt mais est-il parvenu à rassurer totalement ses troupes en évoquant comme il l’a fait l’avenir de la gare Cracovie, la possible fermeture de l’usine d’incinération de Cenon, la mise en place d’un tram sur pneu à Caudéran, ou les thèses de Jérémy Rifkin, le scientifique américain penseur de la troisième révolution industrielle ?

Sa seule concession au discours électoraliste pourtant de circonstance dans ce genre de meeting arrivera lors de sa conclusion avec ce vibrant appel : » Nous avons trois semaines pour changer le monde ».

Preuve s’il en est que Vincent Feltesse se fait bien d’Alain Juppé… tout un monde.

F.P.

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