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Home À la Une L’éternel retour des momies de Saint-Michel

Les travaux en cours place Saint-Michel ont mis à jour des ossements humains parfaitement conservés. Il n’en fallait pas plus pour que nos célèbres momies refassent l’actualité. Cela « tombe » bien, un livre retraçant leur épopée vient de paraître.

Il fut un temps où rendre une visite aux momies de Saint-Michel était presque le passage obligé de tout bordelais.

Quel petit enfant n’est pas descendu avec papa, maman, papi et mamie  dans les catacombes situées sous la flèche de la basilique pour en rencontrer les locataires : 74 momies logées ici depuis la fin du 18ème siècle. Leur arrivée fait suite à la décision prise cette année là de fermer les cimetières paroissiaux installés à proximité des églises, pour permettre ainsi le développement urbain. C’est en déterrant les sépultures creusées autour de la basilique Saint-Michel que furent découverts 74 cadavres dans un surprenant état de conservation. La qualité de la terre argileuse de cet endroit explique de façon rationnelle cette découverte, mais comme pour tout ce qui touche à la mort et à l’au-delà, d’autre hypothèses, plus ésotériques, ont été formulées.

Durant deux siècles les momies bordelaises ont été visitées au même titre que les églises et les musées de la ville. Mais en 1979, malgré le caractère indémodable de cette « attraction », décision fut prise de fermer ce lieu de mémoire au public.  Cette mesure de sauvegarde a été prise, non pas pour éviter aux jeunes visiteurs de faire des cauchemars, mais après avoir constaté que les « vedettes » d’outre-tombe étaient victimes de leur trop grand succès. Les milliers de visiteurs qui défilaient dans la crypte apportaient leur microbes et leurs bactéries. S’ajoutait à cela un éclairage des sous-sols  inadapté pour conserver ces témoins du passé et des cas de vandalisme et de vols d’ossements assez sordides.

La grotte-tombeau encore « habitée » restera presque dix ans fermée à double tour, malgré la pression de bordelais qui ne comprenaient pas d’être privés de cet atout touristique.

En 1990, par respect pour ces défunts, les momies ont quitté la crypte de Saint-Michel et connaissent depuis une seconde éternité au cimetière de la Chartreuse. On découvre tout cela dans le livret de l’Office de tourisme et notamment une inédite représentation du lieu d’exposition, sous la forme d’une fresque panoramique. Elle se compose de photos  légendées pour ainsi mieux connaître les « vedettes » de Saint-Michel.

C’est ainsi que l’on y trouve ces indications :  « la famille empoisonnée par les champignons, l’homme aux mains bien conservées,  l’homme à la langue bien conservée » etc…

La crypte de Saint-Michel a été visitée par d’illustres personnalités : Gustave Flaubert, Théophile Gauthier ou Victor Hugo. L’auteur des Misérables rendait compte de sa visite en ces termes : « Par instant, le guide frappait sur les cadavres avec une baguette qu’il tenait à la main et cela sonnait le cuir comme une valise vide. Qu’est ce qu’en effet que le corps de l’homme quand la pensée n’y est plus sinon qu’une valise vide ». On trouve trace de ces momies  dans les ouvrages de Jules Verne comme dans son « Voyage au centre de la terre »,  chez Jean Cayrol, Lucie Delarue-Mardrus, ou encore chez Louis-Fernand Céline… L’été dernier les célèbres momies sont revenues hanter la crypte de Saint-Michel, non pas en peau et en os mais à travers un film retraçant leur histoire. D’une durée de huit minutes, ce document présente des vues des cadavres momifiés lorsqu’ils étaient encore à Saint-Michel. L’ambition des metteurs en scène étant de donner l’illusion qu’ils sont encore bien là.

Ceux qui redoutaient d’assister à des images terrifiantes ont été soulagés par cette projection. Les auteurs ont privilégié dans leur récit le parcours original de ces momies, en évitant les images choc et les anecdotes « granguignolesques ». Cette projection vaut aussi pour sa voix « off », c’est celle d’Octave, un ancien guide des lieux dans les années cinquante dont on a retrouvé une trace sonore des commentaires de l’époque. Les amateurs de la récente Zombies Walk apprécieront…

Ces projections estivales sont interrompues depuis la rentrée, mais l’Office de tourisme compte bien les reprendre en juin prochain.

 

Souvenirs, souvenirs

On imagine facilement les émotions que suscitait une visite lugubre dans ces sous terrains chez les jeunes enfants et même chez les adultes. On a aujourd’hui du mal à penser qu’on pouvait les y emmener comme s’il s’agissait d’une attraction comparable au train fantôme d’une fête foraine. Le plus impressionnant pour un gamin était de voir et d’écouter le gardien-guide atypique de 80 ans disant pratiquement le même texte que ses prédécesseurs du 19°siècle. Notre quasimodo fut remplacé dans les années soixante par une dame, qui fut la dernière gardienne du caveau. Il faut savoir que chaque gardien-guide avait la particularité d’ajouter quelques détails, effrayants le plus souvent, tirés de leurs propres imaginaire sur l’origine de la mort des hommes, femmes et enfants momifiés.

À la fin des années 70, dans son spectacle  « Histoires bordelaises », Guy Suire, créateur du théâtre l’Onyx, évoquait sur scène la visite de la crypte. L’acteur Claude Ducloux imitait la dernière gardienne-guide avec son célèbre châle noir sur les épaules et le public riait de bon cœur à cette évocation.

 


Les momies de Saint-Michel 
édité par l’Office du Tourisme de Bordeaux 2013 – textes de Philippe Prévôt , Service du Patrimoine – en vente à la boutique de l’Office de tourisme /12,50€

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