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Home À la Une Les Bassins à flot très vasouillards

Alors que les programmes immobiliers s’élèvent à la vitesse grand V tout autour des Bassins à flot, l’environnement du quartier est loin, très loin de correspondre aux plaquettes promotionnelles vantant ses charmes.

L’avenir annoncé comme radieux de ce site semble incompatible avec l’état de quasi abandon dans lequel se trouvent les Bassins à flot, leurs abords et les écluses d’accès. Il suffit que les coefficients de marée soient faibles pour mesurer les dégâts. Le premier Bassin est touché par un envasement chronique. La Dame de Shanghai est la dernière victime de ce cloaque. L’énorme péniche, restaurant-discothèque, avait prévu de longue date de sortir des bassins pour effectuer une visite de contrôle obligatoire. Pour être sortie de l’eau, elle doit rejoindre un chantier accessible depuis la Garonne.
Tout était programmé pour que cet impondérable soit le moins impactant sur l’activité de l’établissement. Rien de ce qui était prévu n’a pu être respecté, la gangue de vase qui encercle le navire l’empêche de rejoindre l’écluse.
Quand la manœuvre pourra-t-elle se faire ? On ne le savait pas début septembre vu que le désenvasement du port n’avait pas encore débuté. On parlait au mieux de l’automne, avec cette crainte d’une sortie sans retour. Crainte fondée, vu que le curage du Bassin n’est pas le seul travail d’Hercule à mener. Les deux écluses d’accès ont elles aussi besoin d’une remise en état. L’une a déjà été fermée avant l’été, pendant plusieurs mois, pour des travaux de consolidation et d’évacuation des sédiments. L’intensité avec laquelle ce chantier a été mené n’a pas dû être à la hauteur des enjeux puisque une nouvelle fermeture est annoncée d’une durée équivalente. Quant à l’autre écluse, la hauteur de la vase solidifiée est telle que l’on pourra bientôt aller à pied d’un bord à l’autre.Retour ligne automatique
Plus au fond des Bassins, là où sont amarrés les bateaux de plaisance, la situation est aussi alarmante. Il arrive que le niveau d’eau baisse brutalement, ce qui oblige les propriétaires de bateaux à surveiller les amarres constamment pour éviter la « pendaison » ! Les six mois de fermeture de la seule écluse en activité, sont autant de temps où les bateaux seront prisonniers des Bassins. Un plaisancier privé de sortie, c’est contrariant, mais pour un chef d’entreprise qui a besoin de ces va-et-vient pour travailler, c’est catastrophique.
Pierre Jeliazovski (le patron du Compas Marin) n’est pas homme à se lamenter, mais là il reconnaît que l’annonce du blocage des écluses s’apparente pour lui comme une double peine. Plus aucun bateau ne pourra entrer ni sortir de son chantier autrement que par un coûteux transport terrestre. Cela équivaut pour lui à une mort par asphyxie.
Le sourire -jaune- revient lorsque l’on évoque avec lui le projet de créer un autre chantier naval à Bacalan réservé aux yachts de luxe. « Vous imaginez un bateau de plusieurs millions d’euros s’aventurer dans une pareille zone, on a beau avoir un site aussi exceptionnel que ce port en centre ville, tant qu’il sera dans cet état là, comment voulez-vous être un temps soit peu crédible ? ». Il garde un peu d’espoir avec ce raisonnement : « si les investisseurs qui sont derrière ce projet arrivent à faire bouger les choses, je serais le premier à les féliciter ».

Des lourdeurs administratives
Bassins qui s’envasent, quais à l’abandon, écluses qui fuient, environnement dégradé, usagers mécontents… Que faire, que dire ? Toutes les victimes de ces dysfonctionnements se tournent vers l’unique responsable : le Grand Port Martime de Bordeaux. Et les commentaires sont unanimes : pris individuellement, les hommes qui composent les services du GPMB sont, en règle générale, disponibles et compétents, mais dès que l’on s’adresse à l’entité GPMB, on découvre la lourdeur administrative de « l’institution », son incapacité à communiquer et son manque de réactivité.
La « machine » GPMB devrait pourtant mesurer l’urgence qu’il y a à solutionner les problèmes récurrents qui se posent. Un appel d’offre a été lancé auprès de sociétés susceptibles de gérer en direct le port de plaisance. Deux candidats -sérieux- sont en finale, le lauréat du concours est censé débuter les travaux de modernisation du port au printemps prochain. On le voit mal investir ses fonds propres dans des eaux… aussi sales.
L’exigence de qualité risque de s’intensifier dans les mois à venir. Les appartements avec vue imprenable sur les Bassins à flot se sont vendus à des prix qualifiés d’exorbitants par les spécialistes du marché immobilier bordelais. Ils le seront d’autant plus, si du haut des terrasses végétalisées, leurs propriétaires découvrent le spectacle tel qu’il est aujourd’hui. Pour les promoteurs de l’hôtel de grand luxe qui est annoncé, comme pour les mécènes qui ont misé gros dans le Centre Culturel du Vin, il serait préférable que des améliorations soient apportées avant la mise en service de ces équipements.
Mairie de Bordeaux, CUB et Région font front commun pour obliger le GPMB à entreprendre ce que de modestes plaisanciers et chefs d’entreprise ne peuvent pas obtenir. La CUB et la Région cherchent un terrain pour reloger provisoirement le Compas Marin. La CUB et la Ville s’efforcent de trouver dans les meilleurs délais une solution définitive pour le pont tournant sur lequel le tram est censé circuler. Il est vrai que tant que cette situation ubuesque perdure, Ville et CUB auront du mal à exiger du GPMB, rigueur et efficacité.
La solution ? Le Président de la Région ne cesse de la réclamer. C’est d’obtenir un transfert des compétences du GPMB au profit du Conseil Régional « Rousset à la barre », tout le monde le demande !

F.P.

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