passion-beaute
Home À la Une Le blues des discothèques

En plus d’avoir à se soucier des projets d’urbanisme qui menacent leurs activités, les patrons de discothèques sont en but à des problèmes de tous ordres. Le blues les gagne.

La crise est bien là, et les jeunes adultes qui constituent le gros de la clientèle de la plupart des établissements de nuit sont les premiers impactés. Les moins fortunés des étudiants ou des salariés doivent souvent arbitrer entre les courses chez leurs discounters, leur abonnement à Kéolis et une sortie en boîte. Lorsqu’ils s’en offrent une, c’est à minima.
La fâcheuse tendance à boire à moindre coût fait actuellement des ravages. On connaît le scénario : les bouteilles sont achetées en grande surface, elles sont vidées avant d’entrer en boîte et parfois, au cours de la soirée, moyennant une sortie provisoire pour retrouver les réserves.
On voit aussi se multiplier les soirées dites privées. Un groupe de jeunes loue (ou squatte) une maison, invite les potes, fait payer les entrées et roulez jeunesse. Pas de contraintes administratives, pas de frais… Les patrons de boîtes dénoncent cette concurrence déloyale, eux qui doivent sans cesse investir pour respecter les normes imposées. Les espoirs de résultats sont bien minces.
L’autre préoccupation prégnante concerne la sécurité aux abords des boîtes de nuit. À l’intérieur, rares sont les problèmes. Toutes les discothèques se sont dotées de personnels efficaces. Les soucis arrivent à l’extérieur, avec son lot de batailles rangées, d’incendies comme à Lacanau ou de stupides règlements de comptes comme cela arrive régulièrement à Paludate. Ces situations chaudes posent de vrais dilemmes. Si un videur intervient et blesse l’un des fauteurs de trouble, les em… sont garanties. S’il ne fait rien, tout le monde s’émeut et accuse les gros bras de non-assistance à personnes en danger.
Pour bien démontrer leur volonté de s’impliquer dans cette problématique sécuritaire, les patrons de boîtes ont récemment signé une charte de bonnes pratiques avec le Préfet. Tous les participants membres des syndicats UMIH 33, CPIH 33, SNDLL ont beaucoup apprécié cette démarche. De mémoire de patron de boîte bordelaise, c’est la première fois qu’un Préfet de Gironde lance ce type de concertation. La justice s’est mise récemment au diapason en condamnant à de lourdes peines des voleurs de portables arrêtés toujours Quai de Paludate.
Chasse aux dealers
Le fléau qui gagne lui aussi du terrain, c’est la drogue. Durant notre enquête, plusieurs gérants de discothèque se sont dits catastrophés devant l’ampleur du phénomène. La chasse est ouverte aux consommateurs et plus encore aux dealers, mais là encore c’est une mission de police et de justice, pas de gérant de société. Pour se prémunir, l’un d’eux a, sur les conseils de son avocat, placardé sur toutes les portes de ses toilettes une mise en garde très explicite, tout en ne se faisant guère d’illusions sur ses effets dissuasifs.
Les années fastes en matière de résultats financiers semblent loin. La clientèle stagne, voire diminue, elle se montre très versatile et donc volatile, en brûlant d’un week-end à l’autre ce qu’ils avaient adoré. Chaque propriétaire recherche le bon filon et dès qu’il le trouve (cf la mode latino) il est sûr d’être copié dans les mois qui suivent. Du côté des banques, la vanne des crédits est généralement coupée, il y a trop d’inconnues pour prendre des risques.
Le pouvoir d’achat des noctambules s’amenuise alors que dans le même temps les frais de gestion ne cessent d’augmenter. Les bons vigiles sont une denrée rare et donc chers. Idem pour les DJs. Dès qu’ils sont un tant soit peu connus ils font grimper le montant de leurs cachets et jouent sur la concurrence. Le prix de l’alcool à l’achat ne diminue pas et changer de décor coûte une fortune. Quant à la SACEM, elle continue à matraquer tous les lieux publics qui diffusent de la musique. La récente publication des salaires d’un patron de la SACEM (50 000 € par mois) ainsi que le salaire moyen de ses employés (4 000 €) a mis dans une rage noire comme la nuit tous les patrons de discothèques. L’autre source de questionnement sur l’avenir de cette activité est plus profonde. Elle concerne l’évolution des modes de vie et celle du goût du public. Jadis, pour draguer, la boîte était un passage obligé. Aujourd’hui, pour «pécho» l’âme sœur, cela ne l’est plus. Les sites de rencontres sur Internet permettent de la trouver sans avoir à veiller jusqu’au petit matin.

Commenter cet article