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Home À la Une Jardin des douves, le bel endormi

ESPACES VERTS Niché sur les hauteurs du quartier des Douves, le Jardin des remparts est longtemps resté dans l’oubli. Oasis de verdure, ce petit parc chargé d’histoire, est désormais ouvert au public.

Pour un promeneur de passage dans le quartier des Capucins, difficile de deviner que 3400 m2 de verdure se trouvent cachés derrière les façades de la rue des Douves, sur les hauteurs. Quelques privilégiés l’ont découvert au début de l’été 2010, en profitant d’une initiative de l’association « le Bruit du Frigo ».   A l’époque,   les lieux avaient été investis pour quelques journées festives. Si on lève le nez, au pieds de la halle des Douves, on peut apercevoir les platanes qui longent le plus grand vestige des remparts bordelais . Ces arbres ont pris racine dans le jardin des remparts, bien connu des riverains, certains ayant même une belle vue sur celui-ci depuis chez eux.

Ce petit havre de paix est désormais ouvert au public qui peut y accéder par le parking de l’école primaire, rue des Douves, ou par la rue Marbotin. Une vingtaine de marches permettent de grimper jusque là-haut ; personnes à mobilité réduite s’abstenir (pour le moment).

Vestiges du passé

Situé sur les remparts de la ville datant du XVème siècle, on devine, dans ce jardin, les traces des anciennes terrasses d’artillerie et le chemin de ronde. A cette époque, le jardin appartenait alors au couvent des Capucins. C’est pourquoi on y retrouve des perchoirs et quelques vestiges d’escaliers qui menaient alors à la cour du couvent aujourd’hui cour de l’école de reconversion professionnelle (l’ERP) Robert Lateulade. Cette dernière se partage avec le CROUS, les restes de l’établissement religieux comme le cloître, la chapelle et quelques  bâtiments. L’ERP étant rattachée au ministère de la défense, le jardin l’est également en partie, mais plus pour longtemps : « La ville de Bordeaux a signé une convention avec le ministère pour pouvoir occuper ce jardin en attendant d’en avoir la pleine propriété d’ici quelques années, explique Pierre Anquetiel, le paysagiste de la ville qui a activement participé à la rénovation des lieux. L’ensemble de l’ilot des remparts, dont fait partie le jardin, va être rénové» ; une rénovation réalisée dans le cadre du plan national de requalification des quartiers anciens du centre ville, plus connu ici sous le nom de « Bordeaux REcentres ».

Nettoyage et débroussaillage 

En attendant cette refonte complète, et donc l’acquisition définitive du jardin par la ville, la direction des parcs, des jardins et des rives a été missionnée pour donner quelques coups de sécateurs et de débroussailleuse dans ces 3400m2 de verdures urbaines : «  Aujourd’hui, nous avons ouvert le jardin de manière provisoire car on ne maîtrise pas encore toutes les limites du terrain. On a d’ailleurs dû mettre une clôture et un système d’alarme pour protéger les logements de fonction de l’ERP, précise le paysagiste. Un gros travail de nettoyage a été réalisé, on a libéré des vues, on a fait tomber un mur et des bâtiments vétustes ce qui permet, désormais, de voir notamment le marché des Douves et la rue Marbotin, poursuit Pierre Anquetiel. On a mis des bancs, des corbeilles, des balustrades, on a planté des bulbes», bref, de quoi accueillir les promeneurs aux beaux jours.


Une refonte complète à venir

Un fois la ville propriétaire des lieux, les actuels escaliers en échafaudage situés rue Marbotin et dans le parking de l’école, rue des Douves, seront remplacés par des bien plus jolies marches à côté desquelles seront installés des ascenseurs. Des cheminements hors sol sont envisagés dans le jardin, les racines des arbres ayant bien investis la terre, cette option permettra de les protéger. « On imagine une traversée haute et une traversée basse. On pourrait envisager des plantations comme d’autres arbres, des massifs, des écrans végétaux. Les meurtrières des remparts seront probablement remise à jour, »  prévoit le paysagiste.

Quant aux enfants, si l’envie de faire de la balançoire ou du toboggan les démange, rendez-vous alors place André Meunier où sera installée une aire de jeux de 1500m2. En attendant ces aménagements, le jardin des remparts accueille les personnes valides, de 9h à 17h et très prochainement, les horaires seront élargis de 8h30 à 18h30.

Le marché des Douves en cours de renaissance

Quand on est dans le jardin des remparts, côté rue Marbotin, la vue sur le toit de la halle des Douves est imprenable. Quelques mètres séparent les deux espaces : « Beaucoup d’étudiants, notamment en architecture, ont planché sur le marché des Douves et l’un d’entre eux avait imaginé installer une passerelle qui permettrait de rejoindre le jardin à la halle sans repasser par la rue Marbotin ! » raconte amusée Kirten Lecoq, coordinatrice de l’association « la halle des Douves » ravie de la réouverture du jardin : « C’est un lieu qui faisait rêver dans le quartier ! C’est très bien qu’on puisse y accéder de nouveau » ! Pierre Anquetiel a confirmé que cette idée de passerelle insolite ne verra pas le jour. En revanche, les travaux de réhabilitation de la halle ont vraiment commencé en janvier dernier. L’ouverture de ce qui va devenir un haut lieu associatif bordelais est prévue pour le printemps 2015…si tout va bien : « Les travaux auraient dû démarrer au printemps dernier » rappelle Kirten.

 

Petit rappel historique

En 2004, un collectif d’associations du quartier se constitue pour se réapproprier le marché des Douves. Au moment de sa réélection en 2008, Alain Juppé demande au collectif de définir un projet pour le devenir de la halle. Le collectif devient officiellement l’association, « la halle des Douves ».  Ensuite, tout s’accélère, les concertations sont lancées auprès de la population et des perspectives sont données. Le cahier des charges architectural qui en découle reflète pleinement les attentes du collectif qui souhaite disposer d’une maison des associations. « Architecturalement, ce sera une sorte de boîte dans la boîte, explique Kirten. Tout sera construit à l’intérieur, entre les colonnes. C’est le meilleur moyen de préserver les lieux. J’appréhende un peu, mais les murs seront en verre et les coursives seront conservées, se rassure la coordinatrice. Au rez-de-chaussée, il y aura un espace d’exposition sur l’histoire du quartier, un espace multimédia et un café associatif. A l’étage, on trouvera quelques salles dont une équipée pour des projections vidéo, et au dernier étage, sous la verrière, il y aura  l’espace scénique avec une jauge de 220 personnes ». Si le collectif a souhaité que la scène se trouve au dernier étage et non au rez-de-chaussée, c’est dans l’idée de faire de cette halle un vrai lieu de vie et d’échanges : « Si le café associatif et les espace expo et multimédia avaient été prévus en haut, personne n’y serait allé », assure Kirten. On voulait éviter que ça devienne comme à l’athénée municipal où les associations viennent et repartent sans échanger entre elles».  Durant les travaux, l’association « la halle des Douves »  bosse assidûment sur la future gestion de la Halle depuis la rue Causserouge, nouveau QG du collectif. L’affaire ne n’annonce pas des plus aisée, les utopistes rêvent à une autogestion des lieux, les plus réalistes parlent de co-gestion et les plus pessimistes de la nécessaire présence d’une autorité municipale pour gérer les inévitables conflits entre des associations tentées de s’accaparer ce domaine. Le service après travaux s’annonce des plus compliqué…

Par Marie Blanchard

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