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Home À la Une Fleurs de bitume, la rue Montfaucon a la main verte

De plus en plus de Bordelais jardinent leur bout de trottoir. Exemple dans la rue Montfaucon, où l’une des premières initiatives du genre a vu le jour.

Une grande bouffée d’oxygène et de chlorophylle, c’est ce que l’on ressent en empruntant la rue Montfaucon depuis le cours de la Marne. Entre l’agitation du cours et le charme de cette grande rue à sens unique, il faut dire que le contraste est saisissant. Avec ses grandes jardinières en bois, ses plantes installées devant la plupart des maisons et ses belles façades végétalisées, on en oublierait presque que l’on se trouve à seulement quelques pas de la gare. Pourtant, la rue n’a pas toujours offert un cadre aussi agréable qu’aujourd’hui. « Il y a quelques années c’était une vraie déchetterie au début de la rue, on retrouvait des matelas ou des frigos sur le trottoir », se souvient Claude, un riverain. La création de l’association Yakafaucon en 2008, à l’initiative de quelques habitants désireux de faire évoluer leur cadre de vie et de tisser du lien social, a débouché sur l’idée de végétaliser la rue.
« On était tous d’accord pour dire qu’il y avait un manque d’espaces verts dans le quartier et on s’est donc demandé comment on pouvait agir à notre échelle sans avoir un impact néfaste sur notre environnement », explique Céline Pinsard, coordinatrice de l’association. Cette initiative a été élargie depuis à tout le quartier Saint-Jean Sacré-Coeur. Des ateliers bricolage pour construire les jardinières en bois ont donc été organisés par les habitants et ont permis d’instaurer une véritable dynamique de groupe dans la rue. « Cet été on était là au mois d’août avec mon ami et on a récupéré les clés de cinq ou six voisins qui n’étaient pas là pour arroser leurs plantes », explique Emmanuelle, ravie de constater l’impact de cette végétalisation. « Les enfants jouent dans la rue, les gens viennent promener leur chien, et puis quand ils nous voient jardiner dehors les passants s’arrêtent pour parler avec nous », s’enthousiasme-t-elle encore. Il a quand même fallu faire face aux vols, très fréquents au départ. « On plantait des fleurs un jour, et le lendemain en ouvrant les volets, quelqu’un avait fait un bouquet. On a moins de chapardages depuis quelques temps, il y a de plus en plus d’initiatives similaires et les voleurs de végétaux ne viennent plus obligatoirement chez nous », explique Claude, passionné par le jardinage. « Je suis un fanatique. J’ai un jardin de 1 800 m2 dans ma maison en Bretagne », précise-t-il.
Autant dire que lorsque les habitants ont besoin d’un petit conseil ou d’un coup de main… verte, c’est vers lui qu’on se tourne. Roses trémières, chèvre-feuille, jasmin, giroflée… Les plantes ne semblent plus avoir de secret pour lui. « Cet été, elles ont souffert avec la chaleur. Dans les grandes jardinières, elles ont mieux résisté que dans les petites. C’est un peu décourageant parfois quand il faut repartir de zéro. C’est au printemps que c’est le plus joli », prévient-il. En attendant, les jardiniers urbains devront reprendre l’entretien de certains bacs et faire les premières plantations dès cet automne, comme les tulipes. « Les premières fleurs apparaissent en mars mais il faut les planter dès le mois d’octobre ou novembre », conseille Claude. Parole d’expert.

Pour en savoir plus : www.yakafaucon.com

La mairie sert de tuteur
La mairie de Bordeaux a mis en place une charte de végétalisation des rues. Elle vise à garantir le cadre et la réussite des projets portés par les habitants, les associations ou autres entités. La ville s’engage ainsi à accompagner chaque projet en contrepartie du respect de plusieurs conditions : le choix des végétaux, (les plantes épineuses, urticantes ou hallucinogènes ne sont pas tolérées) ou encore l’interdiction d’utiliser tout désherbant ou pesticide. Désormais, tout projet de végétalisation doit faire l’objet d’une demande auprès de la mairie de son quartier, puis d’une étude de faisabilité par les services techniques de la ville (en fonction du passage des réseaux en sous-sol, du passage des piétons sur le trottoir etc…). Si le projet est réalisable, la ville sollicite ensuite une autorisation d’occupation temporaire à titre gratuit auprès de la Cub, propriétaire des trottoirs. Une fois le projet validé, elle intervient alors pour creuser une fosse de plantation et fournir de la terre végétale. Les premières plantes (semis ou plants) sont offertes ainsi qu’une affichette de signalisation. Il faut compter entre 2 et 3 mois entre la demande et la réalisation de l’aménagement.

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