Home À la Une Euratlantique, les premiers grains de sable sont arrivés

Saint-Jean de Belcier rive gauche + Garonne-Eiffel sur la rive droite = Euratlantique. Quand on entreprend une opération urbaine d’une telle envergure,
chaque jour amène son lot de bonnes et de mauvaises nouvelles. On a beau le savoir, les obstacles, lorsqu’ils surviennent, sont toujours malvenus.

Sur la rive droite, le plus dur semblait fait avec l’accord signé entre les trois communes concernées par ce projet : Bordeaux, Floirac, et dans une moindre mesure, Bègles. Les oppositions politiques ont été laissées de côté devant l’opportunité de donner à ce secteur un développement exceptionnel. La zone à transformer est immense, près de 130 hectares, elle concerne cinq quartiers de Bordeaux et un secteur de Floirac. Sont prévus entre le pont de Pierre et le futur pont Jean-Jacques Bosc, 7 500 logements (ce qui fera 12 500 nouveaux habitants), des bureaux (150 000 m2), des équipements publiques (voir encadré), des commerces (20 000 m2) et des hôtels.

Garonne-Eiffel, c’est à terme la réalisation d’une nouvelle entrée de la future métropole bordelaise. Toute l’opération va débuter côté jardin, par la plantation de végétaux pour habiller une pergola qui serpentera sur les deux kilomètres de rive de la Garonne. L’ambition est que tout ou presque soit livré lorsque la fée LGV fera son entrée en gare Saint-Jean en 2017.

Pour être à l’heure à ce rendez-vous, les premières grues devraient être en cours d’installation. Or, on ne voit rien à l’horizon, en dehors de celles utilisées pour le chantier ferroviaire. À ce jour, tous les permis de construire déjà déposés sont bloqués. C’est l’application stricte de la circulaire de juillet 2011 prise après le passage de la tempête dévastatrice Xynthia. Le PPRI (plan qui apprécie les risques de submersion) est formel :  pour mettre hors d’eau le secteur Garonne-Eiffel, il faut une digue en bon état. Par endroit, elle ne l’est pas et dans d’autres, les services de l’État la considèrent comme inexistante. Qu’à cela ne tienne, se dit-on, il suffit d’appeler Messieurs Fayat ou Eiffage pour que ce problème de maçonnerie soit résolu. Sauf qu’il faut savoir avant qui va être maître d’œuvre, quelle sera la nature des travaux à effectuer et surtout qui paiera la facture estimée à 20 millions d’euros. Et là, tout se complique. La digue appartient à un syndicat intercommunal, la Cub a compétence pour traiter des problèmes d’inondation, Bordeaux et Floirac ont leur mot à dire et on compte sur l’État pour être à la fois généreux et bienveillant. A ce jour, on est en pleine discussion et nul n’en connaît l’issue. Les plus optimistes évoquent un possible démarrage des travaux sur les digues en 2016. Cela semble plausible, mais si d’ici- là, si rien ne bouge, l’échéance de 2017 tombe à l’eau. Pour l’éviter, l’enjeu est d’obtenir du Préfet une faveur. Le deal est le suivant : on débute les constructions en même temps ou presque que l’on refait la digue. On se prête à rêver à trouver cet accord signé au pied des sapins de Noël, des collectivités et aménageurs impatients de voir débuter ce chantier.

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Une rive gauche encore frileuse

Pas de jaloux, sur la rive gauche, l’opération Saint-Jean Belcier connaît elle aussi sa part d’ombre et de lumière. La bonne nouvelle, la plus récente, est venue de l’accord financier trouvé entre les différents partenaires (Etat, Bx Euratlantique, la Région, la Cub, la Ville, RFF…) pour la construction d’une nouvelle gare. Celle-ci est destinée à l’accueil des trains régionaux lorsque la gare Saint-Jean sera envahie par les TGV et LGV. 95 millions sont nécessaires à cette gare bis, qui doit être en capacité d’accueillir 30 % du trafic voyageurs SNCF estimé à 18 millions de personnes par an à l’horizon 2017. Côté gare, ça roule. Là où le programme Euratlantique grince, c’est lorsque l’on examine le carnet de commandes des agences chargées de vendre immeubles et bureaux. Bordeaux a beau mettre en chantier le quartier d’affaires qui lui fait défaut, comparable à celui de Lille ou de Lyon, les effets de la crise se font sentir. Les investisseurs tardent à monter dans le train. Le magazine économique Objectif Aquitaine faisait dans son numéro d’octobre le point à ce sujet. Plusieurs témoignages attestaient de la frilosité ambiante. Comme cet aveu de Patrice Dupouy de l’agence Tourny Meyer : « On peut le dire maintenant, nous avons surestimé l’attractivité immédiate d’Euratlantique. Nous sommes peut être arrivés trop tôt avec Prélude. On avait oublié que le quartier n’avait pas muté« . Même analyse, toujours dans ce même magazine de Thomas Pouyanne, dirigeant d’Activ. Pour lui : « On est allé beaucoup trop vite sur ce quartier porteur d’espoirs. Certains acteurs ont survendu Euratlantique » qu’il qualifie de « rêve difficile à vendre« . Le fatalisme va-t-il gagner la partie ? Pas du tout, puisque tous les spécialistes sont d’accord pour dire que ce projet sera à terme une réussite, conforme aux prévisions les plus optimistes. Le terme ? Court, moyen, long ? L’avenir le dira. Pour l’heure, on peut scruter le marc… de café.

 

Euratlantique, demandez le programme !

Sur la rive droite, on annonce : le regroupement d’une partie des filiales du groupe Fayat ; la transformation de l’ancien tri postal de Bègles en cité numérique ; la transformation de l’actuelle caserne des pompiers de La Bastide en hôtel-restaurant, salle de congrès ; la construction d’une nouvelle caserne pour le SDIS, celle de trois groupes scolaires, de crèches et d’un collège. Le réaménagement du complexe sportif Promis, la réalisation d’une bibliothèque, de terrains de jeu, d’espaces verts et d’un centre de culte musulman.

Sur la rive gauche. Dans une récente interview donnée au magazine le Moniteur, Philippe Courtois, DG d’Euratlantique annonçait :
- la relance par un groupe immobilier toulousain du projet d’immeubles de grande hauteur (50 mètres) un temps baptisé tour Nouvel
- le siège interrégional de la Caisse d’Epargne ainsi que ceux de Vinci et de Nexity
- l’extension de la société de vente en ligne Millesima
- un projet immobilier réalisé par le groupe Pichet et le transfert de la clinique du Tondu

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