alpierre-immo
Home Mon Quartier La Bastide Entretien avec Muriel Parcelier : « Je pourrais dire, j’y étais »

 Muriel Parcelier est l’une des six adjointes et adjoints de l’équipe Juppé élue en 2008 à ne pas, à leur demande, briguer un nouveau mandat. Elle en explique les raisons et en profite pour regarder dans son rétroviseur.

Vous êtes absente de la liste d’Alain Juppé, est-ce à l’insu de votre plein gré ?
MP : (rires) Pas du tout. J’ai informé le maire que je ne souhaitais pas repartir pour une nouvelle mandature voici déjà plusieurs mois et lorsque je dis quelque chose il est rare que je ne le fasse pas.

Il y a donc une vie après la mairie de Bordeaux ?
MP : Oh que oui ! et j’espère bien le démontrer à mes collègues qui en doutent. L’un d’eux m’a appelée pour me faire part de son incompréhension en m’avouant qu’il ne se verrait pas faire un tel choix. Dans mon cas, une vie, il y en a eu une avant le conseil municipal, pendant, puisque j’ai continué mon activité de médecin et pour l’après, j’ai déjà pris mes dispositions.

Qui vous a appelé ?
MP : C’est un ami, il se reconnaîtra !

Vous sembliez à l’aise dans vos baskets d’adjointe de quartier, vous souffriez en silence à ce point ?
MP : Pas du tout, j’ai été très heureuse et très fière d’accomplir ma mission. La Bastide est un quartier que j’aime et la preuve, c’est mon lieu de résidence. Avec Bastide-Niel, Brazza, Garonne Eiffel, l’avenir de Bordeaux se joue ici sur la rive droite et je pourrais dire un jour « j’y étais ». Au bon moment, celui où l’on conçoit les projets, où l’on dessine la ville de demain. La suite est intéressante, mais on est davantage dans l’exécution de décisions prises en amont. J’avais peur de ne pas être aussi motivée et enthousiaste que je l’ai été pour accompagner les premières étapes.

A La Bastide, votre départ va faire des heureux dans les rangs de vos adversaires ?
MP : Adversaires ? je ne m’en connais pas. Des responsables d’associations qui m’ont mené la vie dure en contestant les projets de la municipalité, j’en ai rencontrés. La plupart d’entre eux, comme Eric Comazetto ou Fabienne Vassel, m’ont dit des choses très gentilles lorsqu’ils ont su que je ne repartais pas. J’ai beaucoup de considération pour eux, voilà des gens qui connaissent leurs dossiers, qui ont des convictions, qu’ils expriment parfois avec véhémence, mais toujours dans le souci de l’intérêt général. Discuter avec eux a été pour moi très stimulant.

Quels souvenirs garderez-vous d’Alain Juppé ?
MP : Je les partage avec beaucoup d’autres. Ceux d’un homme qui comprend tout au quart de tour, qui fait la synthèse d’une réunion au moment où elle se termine. C’est un extra-terrestre, cela ne l’empêche pas d’être pédagogue et de toujours chercher à se faire comprendre.

Que faut-il faire avec lui ?
MP : Aller à l’essentiel, être précis, dire un maximum de choses avec un minimum de mots. Mon grand amusement a été au cours de toutes ces années de percevoir dans sa gestuelle, ses mimiques, son agacement lorsqu’une collègue en rajoutait en croyant bien faire.

Des noms ?
MP : Non, à vous de deviner.

Quels bons souvenirs garderez-vous de vos deux mandats ?

MP : Des quantités. Les plus anciens sont sans doute ceux que je ne suis pas prête d’oublier. J’ai connu la belle époque, celle des pionniers. Pensez qu’en 2001, lorsqu’Alain Juppé m’a demandé d’être adjointe, j’ai accepté sans savoir ce qu’il me confierait comme tâche et j’ai su plus tard que lui-même n’y avait pensé qu’après. En fait, il m’a confié ce qu’il n’avait pas attribué aux autres de mes collègues, à savoir la jeunesse, la vie associative, la santé, la vie des quartiers et le lancement du Conseil des Communautés étrangères.

Comment vous l’a-t-il annoncé ?
MP : Je m’en souviens encore, il m’a dit : « vous verrez c’est lourd, c’est pas simple et il va falloir inventer« . Candide à l’époque, j’étais flattée qu’on ait pensé à moi pour autant de responsabilités. Alain Juppé savait que je venais de courir le marathon de New York, il a dû miser sur mon endurance.

Le fait est c’est que vous y êtes arrivée.
MP : Oui et je m’amuse à penser que depuis 2008 au moins quatre adjoints sont là pour remplir mes missions de l’époque. Pour moi, cela n’a pas été de tout repos, surtout que nous n’avions pas de services comme actuellement. Il fallait se prendre par la main pour entreprendre. Je me souviens notamment du premier forum des associations dans le Hangar 14. On s’est occupé de tout. Pour le décorer je suis allée acheter des ballons et des pinces à linge, Maryvonne Fruauff et Géraldine Amouroux les ont gonflés et le soir, nous avons balayé la salle et rangé les tables aidées par des membres des associations. Pour la commémoration du centenaire de la loi 1901, j’avais demandé à Claude Antoniazi puis à Jean-Claude Meymerit de préparer un spectacle décoiffant… on se serait cru à Sigma.

La mise en place du Conseil des jeunes, comme les Forums jeunes, organisés dans les quartiers, ont été exaltants. Et que de rires et de larmes d’émotion j’ai eu lors des rencontres au Conseil des Communautés étrangères, devenu aujourd’hui le Conseil de la diversité.

Quels conseils donneriez-vous à des adjoints débutants ?
MP : De faire preuve de patience et d’impatience. Quand on sait qu’il m’a fallu six ans pour installer des toilettes publiques quai de Queyries, il faut être patient mais pour renverser les obstacles politiques, comme administratifs, il faut se montrer impatient. Je leur dirais aussi de se méfier de l’usage abusif des concepts et de préférer les choses concrètes. C’est là dessus que l’on est jugé.

Dans un mois, où serez-vous ?
MP : En Martinique ! non pas pour y prendre des vacances mais pour occuper un poste de médecin-conseil à Fort de France. On m’attend à partir du 1er mars et je vais y rester quatre ans. C’est une nouvelle tranche de vie, un nouveau challenge. Je vais avoir 59 ans, c’est le moment de le relever. Je garderais bien sûr un œil sur Bordeaux et mon quartier de La Bastide, je conserve d’ailleurs mon logement. Je dis bonne chance à mon successeur à la mairie de quartier.

* Ont décidé de ne pas repartir : Véronique Fayet, Hugues Martin, Dominique Ducassou, Alain Moga et Jean-Charles Bron

Articles similaires

Commenter cet article