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Home Mon Quartier Gare St-Jean Descas, un fantôme de château

Lieu emblématique des quais de Paludate, le château Descas est aujourd’hui en grande partie fermé. Mais ses ailes sont toujours occupées
par des associations, des entreprises et même une école depuis la rentrée. 

Si le château Descas se visitait lors des Journées du patrimoine, nul doute que les Bordelais s’y presseraient par centaines. Pourtant, on est encore bien loin de voir des files d’attente se former devant les grandes grilles de l’établissement. Lieu emblématique des quais de Paludate, particulièrement connu pour avoir accueilli ces dernières années un cabaret, une discothèque ou encore une salle de spectacle soi-disant hantée, ce monument imposant de dix mille mètres carrés renferme également une partie de l’histoire de la ville et plus particulièrement celle de Jean Descas, un audacieux et riche négociant en vin de la fin du dix-neuvième siècle. Achevé en 1893, le château était initialement un chai à vins, le premier à s’installer de ce côté-ci des quais alors que ses principaux concurrents se trouvaient aux Chartrons. Aménagés sur plusieurs niveaux, les chais pouvaient alors stocker près d’un million et demi de bouteilles ! Et l’installation d’un système d’ascenseur et de wagonnets permettant de faciliter la manutention en faisait même à l’époque un bâtiment ultramoderne.

Depuis l’interruption de l’activité viticole, dans les années 1970, c’est une deuxième vie bien différente qu’a connue le château. Au début des années 2000, c’est le cabaret Le Caesar’s qui investit les lieux après la destruction du Hangar 7 sur les quais. Mais les problèmes de trésorerie du cabaret conduisent rapidement à sa fermeture. La discothèque Rikiki Palace le remplace mais là encore le succès est éphémère, une fois de plus suite à des problèmes de caisse. Ouvre alors le dernier établissement nocturne qu’ait abrité le château, le Mystic. Une expertise pointant des problèmes de sécurité consécutifs à des travaux conduit là aussi à la fermeture de l’établissement. S’en est suivi un véritable imbroglio judiciaire, la SCI propriétaire du bâtiment se retournant contre la mairie de Bordeaux, lui reprochant de ne pas avoir respecté le bail de location signé avec elle en 2001 et d’avoir réalisé des travaux non prévus pour le compte du cabaret Le Caesar’s. Depuis, la partie centrale de la bâtisse est fermée et il est impossible d’y pénétrer.

p 56JPGDes cheminées cachées derrière les cloisons
Un espace « immense », « grandiose », décrivent celles et ceux qui l’ont fréquenté. Mais si cet espace est donc aujourd’hui inaccessible, les ailes du château sont toujours occupées par des entreprises, des associations et même, depuis le début du mois de septembre par un centre de formation en alternance. « J’ai eu un vrai coup de cœur pour ce lieu. Les corniches, les moulures, c’est magnifique », explique la directrice de l’ICPEM, qui dispose d’un plateau de deux cent quatre-vingts mètres carrés comprenant plusieurs salles de formation, une cafétéria pour les étudiants ou encore un immense bureau. Presque un goût de luxe avec seulement une cinquantaine d’étudiants inscrits. « Pour l’instant c’est vrai qu’on a beaucoup d’espace mais on compte se développer », poursuit-elle. Dans cette aile du château, on trouve également plusieurs bureaux dont ceux de l’association Aides, d’un cabinet d’architectes ou de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), au troisième étage.

« Ca fait quatorze ans qu’on est là et on va bientôt déménager. On s’est caillé ici l’hiver. On a aussi eu la flotte après des gros orages, un incendie même une fois dans une salle de réunion », témoigne une salariée, ni mécontente, ni vraiment ravie de quitter les lieux. « Ca ne me fait ni chaud ni froid. Personnellement j’ai jamais tellement aimé ce lieu à part avant qu’on s’installe quand on voyait les corniches ou les cheminées mais il y a eu des travaux et depuis tout est caché derrière les cloisons ». Quant à l’aile gauche du château, on y trouve aujourd’hui un club house de poker mais qui devrait lui aussi déménager pour s’agrandir, ainsi qu’un bar à vins fermé depuis un moment et dont on ignore pour l’instant ce qu’il deviendra. Malgré plusieurs demandes de rendez-vous, nous ne sommes pas parvenus à rencontrer le fantôme des lieux. La suite au prochain numéro.

Thomas Dusseau

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