Home À la Une Ces urbanistes qui empruntent les sens interdits

Peut-on rire en lisant un ouvrage consacré à la critique des doctrines urbanistiques dominantes? oui s’il est signé de Mathieu Zimmer et Florian Rodriguez auteur bordelais d’un brûlot intitulé « Petit Paris ». Une satire facilement exportable en province !… 

Ces deux iconoclastes bordelais de l’agence Deux degrés ont adopté pour parler de leur discipline un ton que ne renierait pas Pierre Desproges ou Gaspard Proust. Les mandarins, défenseurs de la pensée unique, en prennent et pour leur grade. Cette parodie corrosive s’attaque en premier lieu à Paris et l’Ile de France décrit comme «  la région la plus pourrie de France » mais au delà de ce cas d’école c’est toute la conception de l’urbanisme en milieu urbain qui passe à la kalachnikov de Deux degrés. Le très prisé développement durable, la nécessaire mixité et même les sacro-saints éco-quartiers en prennent pour leur grade. Ces jeunes gens ne respectent rien et surtout pas les pontes de leur profession. La mauvaise foi est de règle comme l’humour et la sincérité du propos.

Pour avoir un aperçu du contenu de cet ouvrage en voici un large extrait :

« Nous parlons des urbanistes bourrés de réflexes qui font disparaître toutes les ruptures, qui créent des transitions douces partout. Des obsessionnels de la ville éco-socio-durable. Il est temps pour eux de bousculer un peu leurs habitudes. D’envisager la ville et ses habitants dans toute leur diversité, même la pire.
L’urbanisme est pollué par de belles idées, par de grands gestes. (…)

Les urbanistes souffrent de trop aménager. Les urbanistes sont des bourrins de l’aménagement. Ils pallient leur manque de sensibilité programmatique en multipliant les solutions simplistes.

À force de tartiner les projets de cheminements doux et de potagers, les citadins pourront se faire chier durablement plus longtemps sur leur nouvelle place de quartier en béton désactivé et dans leurs médiathèques…

Heureusement, le manque d’argent devrait faire évoluer les choses. La crise économique freinera les projets au programme et aux ambitions démesurés.

Les urbanistes vont devoir se convertir aux éco-quartiers. Avec le préfixe « éco » tiré du terme « économique » cette fois. Sans tomber dans l’urbanisme low-cost, il faudra être plus mesuré et donc peut-être plus juste, plus pertinent.

Il va falloir réellement tenir compte du contexte, c’est-à-dire de ce qui existe et de ce qui n’existe pas, sur le site et à proximité du site de projet.

Il faudra probablement apprendre à sous-aménager, à laisser des endroits en friche et apprécier ce qu’ils peuvent générer (quitte à ce que ce ne soit pas des activités totalement acceptables). (…) Les habitants il faut être capable de les chahuter par moment et les laisser tranquilles à d’autres. Un urbanisme un peu plus humain, mais sans prêter trop attention aux demandes de confort excessive. Une façon de dire que vous avez le droit de vous faire chier en ville, vous avez le droit de faire ce que vous voulez en ville, mais beaucoup moins celui de faire chier les autres. Aux professionnels de l’aménagement de créer les conditions pour cela. Ça exige un urbanisme moins défensif, moins cul-cul, plus stimulant. En espérant qu’un jour, devant une image de projet, quelqu’un se dise : « tiens, je prendrais bien du bon temps dans ce petit square avec un(e) collègue, tranquillement caché, à deux pas du bureau ».

 

Et Bordeaux ?

« Ce qui est vraiment intéressant sur Bordeaux est de constater que, depuis peu, en certains endroits (principalement St Michel et les quais de Paludate), on rencontre une hostilité aux projets quelle que soit leur forme. C’est intéressant parce que nous sommes assez convaincus que, parfois, il faut surtout ne rien faire. Même quand un quartier est moins beau, moins réaménagé, et surtout s’il abrite des pratiques que l’on ne trouve pas ailleurs dans la ville (et que l’on ne retrouvera pas après le projet).

L’intérêt de Bordeaux aujourd’hui vis-à-vis des projets d’urbanisme, c’est que l’on va en arriver au stade où il faudra, parfois, savoir s’arrêter. Devenir plus sélectif. L’époque où l’on pouvait tout faire puisque tout était à faire est probablement terminée… et c’est là que ça va devenir compliqué, donc intéressant. »

Mathieu Zimmer, Florian Rodriguez

Articles similaires

Commenter cet article