Home À la Une Bordeaux : la grande valse des discothèques

Toutes les boules à facettes des discothèques bordelaises ne tournent pas rond. On pense en décrocher certaines et en déménager d’autres… Le Monopoly de la nuit ne fait que commencer.  Par François Puyo

À Paludate, on craint que l’arrivée des bulldozers d’Euratlantique ne sonne le glas des folles nuits des quais. Aux Bassins à flot, dans ce quartier qui se «résidencialise» un peu plus chaque jour, les discothèques vont devoir tôt ou tard mettre leur musique en sourdine et calmer l’enthousiasme de leur clientèle. Avant qu’on ne lui en donne l’ordre, le patron du H36, Pierre-Philippe Giraud, a cédé son affaire à Stephane Pons, le fondateur des 48. L’activité de discothèque va s’arrêter pour être remplacée par un restaurant-concerts moins tapageur. Au centre ville, gare à la liesse populaire qui envahit les trottoirs et réveille les braves gens qui réclament l’extinction des boules à facettes. À l’extérieur de la ville, les établissements de la préhistoire ont du mal à résister à l’ère de l’alcootest. Beaucoup de regards se tournent vers le secteur de Bordeaux Lac, là ou se construit le nouveau stade des Girondins. Ce site ne manque pas d’atouts, il est encore à l’écart des habitations, il est desservi par le tram et les architectes pourraient laisser libre cours à leur imagination pour concevoir des établissements modernes comme il en existe à Barcelone notamment.

« Doucement les basses » s’empresse de dire Nathalie Delattre, l’adjointe du quartier. «D’accord », dit-elle, pour faciliter certains transferts de discothèques, mais « gardons-nous de ne pas créer un ghetto avec tous les problèmes que cela provoquerait ». L’avenir de ce quartier encore en friche n’est pas non plus arrêté. La ville de Bordeaux souhaite qu’il acquière une dominante « activités loisirs » alors que la Cub parle d’y construire des logements. Et l’habitat est le pire ennemi des discothèques.

La crainte du ghetto est partagée par Jean-Pierre Elan. C’est un membre influent de l’UMIAH 33, le syndicat des gérants de discothèques et il est lui même patron de la Dame de Shanghai amarrée aux Bassins à flot. Son activité n’est pas menacée, pas plus que celle de l’I-Boat et du troisième bateau, le Deck. Il y voit la reconnaissance des efforts consentis pour rester compatible avec l’avenir des Bassins à flot. Il estime qu’un équilibre entre toutes les activités présentes (et à venir) a été trouvé et qu’il ne faudrait pas le modifier. Et quitte à prendre des exemples à l’étranger, Jean-Pierre Elan préfère se tourner vers Amsterdam que vers Barcelone. Tant qu’on ne regarde pas vers Rion-des-Landes…

 

NEX-pers-VB-Axyz-1365x1024À Bordeaux, qui mène la danse ?

Ville de Bordeaux, Cub, Région et État unissent leurs efforts pour transformer un quartier de fond en comble. Face à eux, les patrons de discothèques de Paludate craignent de ne pas peser lourds.

Cette peur de l’expulsion est entretenue par le flou artistique des déclarations des supposés décideurs. Alain Moga, l’adjoint du quartier, Jean-Louis David, l’adjoint chargé de la sécurité publique et Michel Duchêne, adjoint chargé des questions d’urbanisme à la CUB, alternent tous trois le chaud et le froid. Ce qui n’est pas sans agacer les patrons de boîtes qui sont, et ils aiment le rappeler, des chefs d’entreprise soucieux de l’avenir de leur business.
Si les élus tiennent un discours « politiquement correct », il est un homme qui se montre beaucoup plus catégorique, c’est Philippe Courtois.
Le Directeur Général d’Euratlantique n’a pas d’élection en vue, il est arrivé à Bordeaux avec une mission à la Clint Easwood : réussir et repartir.
D’où son franc-parler et ce qualificatif de « tueur » employé par un patron d’une petite discothèque qui l’a rencontré. Philippe Courtois a récemment déclaré : « la moitié des boîtes de nuit du quartier devra se transformer ou partir ». Une sur deux, voilà qui laisse quelques espoirs pour ceux qui auront les moyens de convaincre leurs propriétaires de moderniser des installations.
La psychose peut aussi tourner à la parano. C’est le cas de Richard Goncalvès et de Julien Colonna, les animateurs du club électro Respublica et son voisin le Stéreo Klubs de la rue du Commerce. Fin janvier, ils ont eu droit à une descente du service qui veille à la conformité des lieux aux règles de sécurité et d’hygiène. Pour les deux établissements, le constat a été sans appel et la décision de fermeture administrative a été prise. Les verbalisés ont aussitôt alerté la presse, crié au scandale, s’estimant les premières victimes du tentaculaire projet Euratlantique. On parlait alors de pression immobilière et de spoliation rampante.
Ces contestations n’ont eu que peu d’effet, en tout cas moins que l’arrivée dans les lieux des électriciens et des menuisiers chargés d’effectuer les travaux de mise aux normes. Dès qu’ils ont terminé leur chantier, l’autorisation de réouvrir a été accordée. Preuve qu’Euratlantique ne mène pas encore… la danse.

La rive droite inquiète aussi 

Sur la rive droite on pensait que l’unique discothèque vivait heureuse en étant cachée dans sa rue Jean Dupas. Il n’en est rien. Philippe Bertrand, son gérant, est même très inquiet quant à son avenir. Il est installé à proximité du quai de Souys, dans le périmètre Garonne-Eiffel. Les constructions de logements prévues dans son secteur remettent en cause sa présence. Comme Philippe Bertrand est également propriétaire du Respublica et du Stéréo Klubs, on comprend son sens de la fatalité. Il n’est pas homme à se laisser abattre et le voilà déjà engagé dans une nouvelle aventure au cas où… Il s’agit de relancer, moyennant de gros travaux, l’ancien Space Opéra de la rue Marcel Sembat (proche du Pont Saint-Jean, toujours sur la rive droite) pour le transformer en cabaret-spectacle. The show must go on.

 

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