alpierre-immo
Home Mon Quartier St-Augustin Amédée Larrieu, sa place, sa fontaine…

Peu connue des Bordelais, à l’écart des circuits touristiques, la place Amédée Larrieu est située à la pointe des rues Belleville et de Belfort. Elle vaut
le détour et le retour… sur son passé.

Cette place était autrefois dénommée place de Pessac, en raison de la proximité de cette très ancienne voie. En 1866 est inauguré un marché couvert dit de Belleville, ouvert tous les jours jusqu’à 13 heures et réputé pour la qualité de ses produits du terroir.

Dans la famille Larrieu, originaire de Bretagne, on trouve Joseph, le grand-père. Bonne pioche, il est banquier doté de gros moyens au point d’acheter aux enchères le château Haut-Brion**, le 12 mars 1836.

Très attentif au travail de la vigne et exigeant sur la qualité, son domaine est classé premier grand cru des vins de Gironde en 1855. Au décès de Joseph, Amédée Larrieu (1807/1873) se retrouve à la tête du célèbre vignoble. En 1869, il est élu député puis sera nommé le 4 septembre 1870 Préfet de la Gironde.

Eugène, l’un de ses fils, né au château Haut-Brion le 20 octobre 1847, le remplace à la tête des propriétés familiales. C’est au nom de son père Amédée, qu’Eugène Larrieu décide de léguer 150 000 francs à la ville de Bordeaux.

En contrepartie, celle-ci doit signaler que le tableau d’Eugène Delacroix « Boissy d’Anglas à la convention* » (1831) est un don de la famille Larrieu et édifier une fontaine sur la place qui porte déjà le nom de notre célèbre mécène.

L’affaire est conclue et le 6 mars 1897, un concours réservé uniquement à des artistes français est lancé. Vingt deux d’entre eux y participent. C’est le projet du sculpteur Raoul Verlet, associé aux architectes Raymond Barbaud et Edouard Bauhain, qui est retenu. Les travaux de maçonnerie sont réalisés entre 1900 et 1902 par l’entreprise de Bernard Hauret. Lœuvre représente une fontaine symbolisant la Gironde et ses vins. Elle sera pour cela baptisée Burdigala (voir encadré). Derrière cette fontaine, la halle est remarquable par ses poteaux et ferronneries de style Art Nouveau. Ils sont inspirés des dessins des célèbres designers Hector Guimard et Victor Horta. Le marché sera désaffecté dans les années 60 et en 1983, s’installe l’école du cirque jusqu’à son déménagement aux Bassins à flot. Devenu salle municipale, l’ancien marché est utilisé comme salle de sport ou de théâtre, comme foyer pour les sans abris en hiver et depuis cinq ans il abrite le marché Saint-Nicolas (voir article page 53).

 

Francis Baudy

 

* Œuvre visible aujourd’hui au Musée de Bordeaux. ** Ce domaine est resté dans la famille Larrieu jusqu’en 1922. Il est depuis 1975 la propriété
de la famille du Prince du Luxembourg.

 

Burdigala : toute une fable cette fontaine !

Sur une énorme coquille d’huître soutenue par deux tritons (divinité marine à tête d’homme barbu et queue de poisson) une femme est entourée d’angelots et de satyres. Elle dépose dans la hotte d’un des angelots une grappe de raisin. Dans le haut de la coquille, l’eau jaillit d’une amphore alors que dans le bas un puissant jet sort de la gueule d’un poisson. A l’arrière du monument, sur une barque à voile, chargée de produits régionaux, repose une femme nue tenant le gouvernail. Parmi les produits du terroir, on distingue des cèpes, des fraises, des pieds de vigne, des langoustes, des escargots, des palourdes et des coquilles Saint-Jacques. Une tortue représentant l’immortalité et la sagesse fait également partie du tableau. A la proue du navire, figure une tête de bélier symbolisant la fertilité. Un écusson de la ville de Bordeaux et une barrique de vin complètent l’édifice. Sur l’étrave de la barque, les créateurs de l’œuvre (sculpteurs et architectes) ont imposé leur signature.

Commenter cet article